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D'ordinaire, je l'avoue, je ne me montre guère Hors des devantures des roseaux, des phragmites. Pour vous, aujourd'hui, j'ose, je deviens téméraire. Je pars à l'aventure cueillir des calamites. Ils sont encore têtards. Quand ils seront crapauds, Amers et indigestes, pustuleux et infects, Je les dédaignerai, préférant les insectes Ou mieux les poissons qui nagent entre deux eaux. Je m'avance à pas lents dans l'eau jusqu'aux genoux Tentant de repérer une proie convoitée. J'ouvre à demi les ailes pour, du ciel reflété, Estomper le faux-jour. Soudainement mon cou Se détend et propulse mon bec très affûté. J'attrape le nigaud qui n'a rien vu venir, L'avale habilement puisqu'il lui faut mourir Et remets mon ouvrage cent fois sur le métier Jusqu'à ce que je sois tout à fait rassasié. Qu'une corneille passe et me fasse de l'ombre, Qu'un nuage, soudain, rende le jour plus sombre, Qu'une grenouille saute, qu'une bouscarle alerte, Qu'il ne se passe rien, malgré tout je m'inquiète, Je me fige, je m'arrête… De mon étourderie, (D'aucuns disent qu'elle est de la butorderie) Prends conscience, car je suis bien trop loin des abris Qui me cachent à la vue d'un quelconque ennemi. Il me faut regagner, prudemment, sans délai, Le couvert végétal où je me fais piquet, Immobile, homochrome, tout à fait invisible, Attendant du soleil qu'il pète ses fusibles. Je préfère la nuit puisqu'elle m'enveloppe, Pour meugler mes cris qui font fuir les lycanthropes.
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