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Quelques pins pauvreteux dépassent des bruyères Qui forment un tapis sur la corniche de Pail. Quelques rares ossifrages fleurissent les tourbières. Des bouleaux souffreteux ont perdu la bataille Qui les a opposés à la nappe phréatique Qui remplit le sous-sol d'une strate asphyxique Et prive leurs racines de l'oxygène de l'air Et les fait décéder avant l'âge séculaire. J'ai installé mes jeunes en léger contrebas. Il y en a de tous âges à quelques jours près, Car je couve mes œufs dès le premier pondu Et le premier pondu donne le premier venu Et ainsi de suite jusqu'au dernier qui naît, Qui fut pondu plus tard et reste délicat. Son frère aîné revêt son costume de plume, Que lui n'a pas quitté ses couches de duvet. Cette année, par bonheur, les campagnols assument, Je mènerai à terme mes quatre délurés. Je les ai installés directement à terre. Je me suis contentée de fouler les fougères, D'en faire une coupelle, d'en relever les bords, D'attendre patiemment qu'arrive mon quatuor. Vous savez, les cigognes et puis tout le toutim... Ne comptez pas sur moi pour vous faire dans l'intime. Donc, mes petits sont nés. Maintenant ils piétinent Toute l'aire de fougères et l'arrosent d'urine, De fientes, de peaux de cadavres desséchés, De plumes et de duvets, quantité de déchets Qui jonchent la surface de l'aire et la souillent, La faisant ressembler à demeure d'arsouille. Mes petits restent propres, car ils se débarbouillent… Des sportifs accomplis, car très vite ils dérouillent Leurs muscles, leurs empennes pour apprendre à voler. Ils font des exercices pendant toute la journée. Ils sautillent sur place, battent souvent des ailes, Luttent aussi entre eux, … (Et ce n'est pas qu'un jeu !), Explorent les alentours et se perdent un peu, Mais reviennent en courant dès que je les appelle. Je prépare des proies qu'a saisies mon mari Et qu'il me rétrocède le plus souvent au vol, Au cours d'une balade où les acrobaties Font alterner glissades et courbes hyperboles, Vols planés dans l'espace, le long de trajectoires Dont les tracés relèvent du mode ondulatoire, La physique des fluides ou l'effet Coanda Qui nous maintient en l'air sans effort apparent : Une question de flux, juste d'écoulement Entre les plumes du haut et les plumes du bas. Il faut juste prévoir et avec précision La trajectoire que prend le mulot dans l'espace Quand il quitte les serres de mon mari qui passe Pile au-dessus de moi et la bonne position Que je dois occuper pour le saisir avant Qu'il ne touche la terre ou alors je le loupe. Je dois faire demi-tour en profitant des vents, Saisir la proie tombée, l'emmener à ma troupe. Dès qu'ils sauront voler, mes petits apprendront À rattraper au vol les proies que nous lâchons. Ils s'entraînent ainsi aux gestes qui assurent Aux sociétés busard un peu de cohésion. Nous n'avons pas de mots et nos conversations S'expriment en piqués qu'on fait à toute allure, En vol de conserve, acrobaties, voltiges Au cours desquelles, bien sûr, on se parle d'amour Ou de territoire qu'il faut défendre toujours Contre des concurrents… Une affaire de prestige ! Je ressemble en cela au busard dit cendré, Qui lui est migrateur et beaucoup plus frileux. Il repart en Afrique dès la fin de l'été. Je reste tout l'hiver sauf s'il est trop neigeux.
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