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D'un côté, une dune qui arrête la mer Qui se rend, furieuse. De l'autre, des granits Qui forment un surplomb où la lande prospère. Au milieu, ma lagune où poussent des phragmites. Les phragmites m'abritent tout au long de l'année. Toutes sortes d'ornithes habitent les roseaux : Le phragmite des joncs, les râles du bord des eaux, La mésange à moustaches et la grue couronnée... Il en vient quelquefois avec les ibis sacres. Et il arrive alors qu'un chasseur les massacre. Je survole avec soin l'étendue d'héliophiles, Effleurant de mes ailes leurs épis panicules. Puis d'un brusque crochet, les deux pattes tendues, Je tombe telle une pierre sur la proie que j'ai vue. Je prends tout ce qui a pattes, tête ou bien cul Et même des serpents avant qu'ils ne s'enfuilent, Des grenouilles, des poissons, des rats, des campagnols, Des poussins de judelles bien avant qu'ils ne volent Et des petits oiseaux à moins qu'ils ne décollent. Je ne suis pas doué pour les attraper au vol. J'achève les blessés qui ont du plomb dans l'aile, Les canards que l'on tire avec fusil d'argent Sans être fils de roi et un rien maladroit, Mais simplement bourgeois, nouveau riche de surcroît... Dessous l'aile et le bec, ne leur coule que le sang, Mais jamais le diamant ou l'action des cartels. Je construis mon nid au beau milieu des roseaux, Difficile d'accès car tout entouré d'eau, En me servant des tiges qui forment pilotis, J'y couve cinq œufs qui me donnent cinq petits. Je les incube seule. La tradition busard Veut que le mâle chasse et cela seulement. Qu'il lâche ses captures, je les saisis au vol Ou sur un reposoir vers lequel je m'envole. Je prépare les repas. La proie profite aux grands Et s'il en reste assez, aux plus jeunes, plus tard. Le problème que connaissent tous les oiseaux de proie, C'est que la chasse, un jour, ne pose pas de problème, Que l'on peut capturer bien plus que nécessaire, Mais qu'on ne le fait pas. On ne saurait quoi faire Des proies surnuméraires et c'est là le dilemme... Il faudrait un frigo… Mais nous n'en avons pas. C'est pour cela qu'on fait plus d'enfants que besoin. Les plus grands sont nourris avec beaucoup de soins. Les plus jeunes moins souvent, juste assez pour qu'ils vivent Et conservent de leur mieux leurs molécules actives Qui, sinon pourriraient, ne serviraient à rien... À rien, ni à personne... Là, je parle des miens. Car il advient souvent que la chasse est mauvaise Ou bien insuffisante ce qui revient au même… Parce qu'il a fait mauvais, que l'on rentre bredouille, Qu'on n'a même pas pris un têtard de grenouille... On mange le plus jeune chez les oiseaux harpaye. Sur les bateaux, je crois, on tire la courte paille… Chez les hommes, je pense, on a dû faire de même, Des familles trop nombreuses… Seulement pour la baise ? Les rigueurs de l'éthique et les raideurs morales Font que l'homme condamne toujours les cannibales. Mais s'interroge-t-il quand il fait des carnages Parmi les animaux qu'il élève dans des cages ? Les poules et les lapins, les bœufs et les moutons, Sans oublier, bien sûr, des millions de cochons Qui finissent carcasses, mais aussi, qui s'entassent Dans des congélateurs et si les cours se tassent, Les incinérateurs les feront disparaître... Des enfants affamés continueront à naître !
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