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Le busard cendré (Circus pygargus)


Je n'aime que les savanes ou les steppes arbustives.
Et puis, je suis frileux, c'est pourquoi les hivers,
Je les passe en Afrique dans la zone sahélienne.
Je survole les Atlantes qui s'en vont et reviennent,
Sont toujours mal lotis, comme à l'âge de pierre
Et restent ignorés. C'est pourquoi ils survivent.

Je reviens en Bretagne au printemps établi,
Au-dessus des arènes de sables granitiques
Où poussent des landiers de bruyères et d'ajoncs
Où, dès que le soir tombe, on entend le ronron
Des engoulevents, aux plumes, à l'écorce, mimétiques ;
Quand dans le ciel, on voit passer haut des courlis.

J'aime aussi les prairies ou les blés qui jaunissent,
Les prés de fonds que des touffes de joncs tapissent,
Les laîches des marais, les oyats sur les dunes,
Les friches armoisées, les alliances à callune,
Les champs où l'on récolte les semences du trèfle,
Les glèbes de cailloux où ne poussent que des nèfles,
Du moment que j'y trouve ce qui fait ma provende,
Des souris campagnols, des mulots musaraignes,
Des oiseaux qui pipitent ou d'autres qui alouettent,
Des serpents qui lézardent, des lombrics qui serpentent,
Toute espèce vivante qui appartient au règne
Animal et carné, vivant seule ou en bande.

Je niche dans les herbes qu'un doux zéphyr affole,
Juste au pied d'un talus qui me cache à la vue
D'une auto, qui vrombit sur la route, à côté.
Elle ne va nulle part, car au bout, le Blavet
À creusé des falaises du haut desquelles la vue
Embrasse une vallée où l'eau s'y traîne, molle.

J'élève trois enfants, ma fierté. Ils sont beaux,
L'un d'eux, tout à fait noir, mélanique, je crois.

Vous nous verrez jusqu'à la toute dernière fois,
Car nous décamperons sans tirer le rideau.

Bodestin près du Blavet, Morbihan.