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Vous m'avez intrigué bien des années durant. Vous veniez au marais quand vous étiez enfant, Caché parmi les laîches et leurs grands touradons Pour observer de près, des râles et des hérons. Pour vous faire patienter et par curiosité, Je venais sur les vases quand elles se desséchaient, Car elles grouillent d'insectes, de petits crustacés Et de graines variées qui viennent de tomber, Des roseaux qui se penchent sous le poids des phragmites Ou du mien quand j'y grimpe et mesure mon domaine De carex et de joncs, de saules qui délimitent Les ceintures végétales… longtemps je m'y promène. Á l'époque, cependant, je doute que vous pensiez Á bien nous observer, davantage occupé Á chercher l'oiseau rare, une nouvelle espèce. Cocher un oiseau valait qu'on manquât la messe. Pour autant, je suppose, à force d'observer Les oiseaux du marais ou bien les rats musqués, Quelquefois un chevreuil se croyant dérangé, Des images multiples ont fini par graver Des millions de neurones de traces protéinées Dans le système limbique ou l'orbito-frontal… Quand vous fermez les yeux, pour dormir ou rêver, Sur l'arrière des paupières, en flash subliminal Et en couleur aussi, un film se projette. J'espère en faire partie et même je le souhaite, Quand vous pensez à moi, alors que je suis mort Quand vous pensez à moi, car je revis encore…
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