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Je suis né alevin. Vingt centimètres d'eau M'ont servi de berceau et scellé, mon destin. Le temps de résorber ma poche vitelline Fut nécessaire aux fées, dans l'onde, clandestines, Pour me mettre au courant… pour que dans les eaux calmes, Je demeure vivant et préserve mon âme. J'avais été choisi. Les Dieux m'avaient élu Pour qu'un jour, je sois cuit, quand l'heure serait venue. Elles me prévinrent aussi des dangers de la vie Et surtout des pêcheurs… J'attendrai la bonne heure, pour mordre à la cuiller Qui me serait fatale… qu'à vivre centenaire, Serait sans doute normal… Je quittai mes inondes, long de vingt millimètres, Et gagnai l'eau profonde d'au moins plus de deux mètres. Je devins comme flûte et dans les myriophylles, J'élus mon domicile d'où je guette et j'affûte L'ablette et le gardon, la grenouille distraite, Le petit caneton, la brème bourrée d'arêtes, Des larves d'éphémères ou bien des diatomées… Je me dois de soigner la finesse de ma chair. Je gagnai en longueur et aussi en vigueur, En grosseur, en rondeur, tous les jours, à chaque heure. Je vécus mes années, mes saisons et mes jours… En mars, quand il fait frais, je fraie pour mes amours. En été, je remplace toutes mes dents usées. Il faut qu'elles soient en place pour que je puisse tuer Le poisson que j'avale, qui, vite, pullulerait, En amont, en aval et mon fleuve, polluerait. Car c'est un noble rôle que d'être prédateur… Bien souvent, ça c'est drôle, mal compris des pêcheurs ! J'échappai de justesse lorsque j'étais enfant, Et à toute vitesse, à un grand cormoran. Je suis gros maintenant, j'en ferais une bouchée, S'il n'était écœurant, à donner la nausée. Mon histoire s'achève. ________________On me prend, on m'enlève, On me tue, m'éviscère, on me tranche les chairs Qu'on frit dans un poêlon avec quelques oignons, Un verre de mirabelle, du vin gris de Moselle, De la crème maniée… car je suis invité, Sans payer mon écot aux noces d'Anne et Nico.
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