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J'eus un jour l'occasion de mordre à l'hameçon Que vous laissiez traîner dans le fond du Blavet… Je fus remise à l'eau sur un Pater Noster Et prise presque aussitôt, par la mâchoire de fer D'un énorme brochet qui me broie et m'avale, Dérive vers l'aval, se retrouve prisonnier Et bientôt hors de l'eau… Le temps de le peser et de le mesurer, Il est remis à l'eau, au grand dam des quidams Qui promènent leurs chiens, leurs gosses ou bien leurs dames. Personne ne comprend bien qu'on relâche un brochet De plus de quinze livres… qu'on en garde, dans un livre, Trois écailles prélevées pour connaître son âge, Qu'on en fasse des photos… Du chemin de halage, les gens vous pensent sot. L'éclusier qui écluse, des péniches parfois, Du vin et de la Suze pour sa cirrhose du foie, Ne cache pas sa colère. C'est pas des choses à faire ! Ce poisson, sûrement, valait bien cinq cents francs ! Heureusement pour vous, personne ne fut témoin, Qu'en poisson mort manié, (dans la minute d'après, Je puis en témoigner) je vous fis capturer Un sandre qui, au moins, ne vous prit pas pour fou. Car sitôt libéré, sans même vous remercier, Il se laissa glisser... vers les fonds, à jamais. Quant à moi, j'ai un souhait : faudra pas m'oublier !
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