La bouscarle de Cetti : Cettia cetti
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La bouscarle de Cetti (Cettia cetti)


J'habite une culée envahie de carex
Aux feuilles dont les bords coupent autant que silex,
Sous la jungle de saules dont les chatons laineux
Duvètent au printemps le sol un peu fangeux.

Les lamiers tétrahits et les reines des prés
Se disputent aux phragmites. Partout les prunelliers
Font armée d'épineux quasi impénétrables,
Sauf à glisser dessous et vous piquer le râble.

Car c'est là que vous êtes, lové comme un serpent,
Occupé à filmer mon nid et mes enfants,
Attendant patiemment que je vienne les nourrir,
Mais j'alerte longtemps avant de repartir.

Je chante dans les fourrés tout à fait invisible.
Je décide d'un coup à vous servir de cible.
Je me pose excitée sur le bord de la coupe
Avec une chenille pour leur servir la soupe.

J'étale ma queue rousse un peu cunéiforme
Et des tics m'agitent bien au-delà des normes
Reconnues aux oiseaux quand ils souffrent d'angoisse,
Qu'ils craignent l'inconnu, l'anxiété ou la poisse.

Pourtant je m'habitue. Je reviens sur mon nid,
Tous les quarts d'heure, d'un coup, et sans même avertir,
Avec des larves, des mouches. Il me faut bien nourrir
Ces gosiers affamés qu'ouvrent en grand, mes petits.

Mon nid, vous l'avez vu, est fait de feuilles mortes
Il est posé à terre et mes œufs sont marrons.
Sans savoir voler mes petits le quitteront.
Pareils aux hoazins, ils grimpent de la sorte
Sur des petites branches en s'aidant de la tête,
Se cachent en piaillant pour que je les retrouve
Et si je réussis, ils me feront la fête
En acceptant des proies, pour peu que j'en découvre.

Bien que le rossignol ne soit pas mon cousin,
Ni même un proche parent, puisque les turdidés
N'ont pas évolué comme l'ont fait les sylviidés,
Tous les deux, nous avons de nombreux points communs.
Nous vivons cachés et resterions inconnus,
Si, quand un inconnu pénétrant notre espace,
Nous ne nous signalions d'un chant fort qui fracasse
Le silence relatif des fourrés melliflues.

Aussitôt les abeilles cessent de ronronner,
Le putois se réveille, se met à marmonner,
Se rendort aussitôt parce qu'il est habitué.
Tous les oiseaux autour, un instant, sont distraits.

Remarquez donc aussi toutes nos convergences.
Elles font que le milieu dans lequel on se plaît
Présente un indice de pénétrabilité,
Si petit, pour nous voir, qu'il faut un peu de chance.

Nos nids, nos œufs, nos niches et nos comportements,
Le fait que nos petits quittent précocement,
Le nid où ils sont nés pour atteindre les branches…
Vous avez encore beaucoup de pain sur la planche,
Pour trier les facteurs du pourquoi, du comment,
Nous avons évolué chacun de son côté
De manière identique et parallèlement.
Aux mêmes contraintes, nous nous sommes adaptés
Et développé des cultures analogues.

Les hommes font de même. Regardez leurs maisons :
Quels sont les matériaux qu'utilise le maçon ?
Comment sont-elles construites ?
___________________Où se trouvent les gogues ?

C'est la géologie qui fait les plantations,
Les sols, les paysages soumis à l'érosion,
L'économie de l'eau dans les nappes phréatiques,
Les fleuves tranquilles ou les torrents frénétiques…

Les hommes oublient souvent qu'ils sont des animaux
Et comme eux, obéissent aux contraintes du milieu.

Les réponses qu'ils proposent… Dites-moi si j'ai faux…
Sont pareilles souvent et ce, en bien des lieux
Quelquefois éloignés, sans aucune relation,
Autre que la roche qui induit leurs habitudes,
Á peine si le climat, un peu la latitude
Corrige seulement quelques adaptations.

Vous devriez posez, maintenant sur la table,
Le dossier incomplet de vos observations…
Tans pis, si, par moment, ce ne sont qu'intuitions.
Ajouter au savoir un petit grain de sable…

S'il le faut, vous aurez, les oiseaux pour témoins.
Choisir des stratégies est affaire de bon sens.
Chaque espèce développe, question d'intelligence,
Divers modes de vie adaptés avec soin.

Avez-vous bien compris la balle dans votre camp ?
Prouvez ce que je dis, vous aurez le Nobel
Ou plus probablement un bonbon caramel…
Quant à moi… Au boulot. Voyez, j'ai cinq enfants.

Étangs de Kervran et Kerzine, Plouhinec.