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Je le dis : ça suffit ! J'aurais les dents qui grincent Si j'en avais, bien sûr. Mon cousin Perfringens, Ma nièce Tetani et moi-même, comprenez Devant tant d'injustice, nous sommes révoltés. Depuis deux siècles à peine qu'on nous a découverts, Nous fûmes catalogués, au dire des experts, Parmi les bactéries pathogènes pour l'homme. C'est une grave erreur, une bêtise en somme. Car cette bête-là, on s'en fout, on s'en tape. Pourquoi voudriez-vous qu'on veuille qu'il attrape Un trouble de l'humeur qui le tue, le gangrène ? De même que le manant ne croise pas sa reine, Nos niches nous séparent. Si fait que le hasard, Seul, nous met sur sa route. Alors et sans retard, Notre toxine le tue sans aucune rémission. Nous n'y sommes pour rien. Car si nous sécrétons Des toxines dans le sol, c'est bien pour la raison Que ce poison éloigne les microorganismes Qui veulent concurrencer nos propres métabolismes. Vos savants parlent, je crois, ou de télétoxie Ou même d'antibiose. C'est pour la niche... aussi ! Jamais nous n'aurions pu, pas même un seul instant, Imaginer que l'homme, qui passe pour savant, Serait assez stupide pour se piquer aux roses, Guerroyer dans la boue et risquer des nécroses Ou ajouter nos spores dans ses boîtes de conserves, De ne pas cuire ses mets avant qu'il ne les serve. Et pour se dédouaner, l'homme nous dit pathogènes Ou bien opportunistes alors que dans nos gènes Figurent très clairement ceux de l'indifférence. Notre tâche consiste, et quand elles sont bien rances, À faire de l'humus des matières organiques Et dans des conditions totalement asphyxiques. Les Dieux nous ont offert la pire niche qui soit. Seulement, je le dis, je n'envie pas la soie Dans laquelle se retrouve, quand elle vit chez les riches, Le coliforme fécal décrit par Escherich. Cela dit, je m'enfuis. Je m'en bats les flagelles. J'emporte mes antigènes. J'aimerais que l'on scelle Cette brève rencontre, ce début d'amitié… __ Sans problème, sachez-le, je suis bien vacciné.
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