La bondrée apivore : Pernis apivorus
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La bondrée apivore (Pernis apivorus)



J'arrive de l'Afrique où j'ai passé l'hiver,
Juste sous le tropique, auprès d'une lisière,
Entre steppe arborée d'épineux acacias
Et sylve impénétrable où pousse une Bromélia.

Mais avril en Bretagne, cette année, faut des moufles.
Sur le bout de mes serres, il faudrait que je souffle,
Tellement j'ai froid aux griffes et les plumes mouillées.
La pluie tombe depuis que je suis arrivée.

Le printemps retarde et n'offre rien à bouffer.
Les bourdons et les guêpes roupillent dans leurs couettes.
Les mésanges pour nicher attendent des pâquerettes
Qu'elles fleurissent enfin, et la fin des gelées.

Seuls quelques géotrupes s'activent sur la terre,
Au volant du six-six qu'ils conduisent ventre à terre.
Ils recherchent des crottes pour y pondre dedans,
Qu'elles servent de berceau à leurs larves enfants.

Je fais, bien entendu, référence aux moquettes,
Aux fumées des chevreuils qui, quand ils les rejettent
Sur le tapis des feuilles, se sentent tout benaises.
(C'est un épitomé, comme aurait dit Louis XVI !)

Mais ces bousiers amers me donnent la colique…
Car j'indigère les élytres chitineuses.
À défaut de criquets, je mange des lombrics.
Pour dîner, faudra-t- il, que je cueille des tordeuses ?

Les beaux jours reviendront et les hyménoptères
Bourdonneront encore tout autour des épiaires,
Des trèfles et des genêts où ils vont déjeuner,
À moins qu'elles ne soient guêpes, prennent des araignées.

Tous font des nids en terre, en cire ou en carton,
Mais enfouis dans la terre et dans des alvéoles
Remplies de miel sucré en guise de biberon,
Ils élèvent des larves jusqu'à ce qu'elles s'envolent.

Si on les laissait faire, ils deviendraient nombreux,
Au point que sur la terre, on n'entendrait plus qu'eux.
Alors, je me dévoue. J'affronte leurs piqûres.
C'est ma niche, j'équilibre, je gère la nature.

J'arpente doucement les champs et les pâtures,
La litière des forêts ou des bois, les lisières,
Les haies, les talus, les levées, les emblavures.
J'observe les bourdons quand ils sortent de terre.

Quelquefois, je le fais, sur un arbre, perchée
Ou bien du haut du ciel quand le temps le permet.
Aussitôt repérés, je me mets à gratter
À la façon des poules qui vivent en liberté.

Les insectes essaieront, bien sûr, de me piquer,
Mais je suis protégée et même immunisée.
Les écailles de mes pattes et mes plumes serrées,
Ce n'est pas, croyez-moi, qu'un écran de fumée.

Sitôt qu'est découvert le bon gâteau de miel,
Je l'emporte un moment à travers tout le ciel
Jusqu'à l'arbre voisin où là, je le dévore.
Je crois savoir, d'ailleurs, qu'on m'appelle apivore.

Je ne mange des abeilles seulement qu'en Afrique.
J'aime mieux les bourdons, je raffole des guêpes.
Bondrée vespivore sur ma carte de visite,
Ça ferait plutôt bien… ou encore pernaète.

Mais sachez que bondrée me convient bien aussi,
Puisque ce nom explique la façon dont je crie.
J'attire l'attention comme l'agent de police
Quand dans les cieux, d'un coup, mes sifflets retentissent.

Souvent, mais pas partout.