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Je suis un noctambule. Figurez-vous qu'hier, Juste au bord de la route, qui tue souvent les miens, Je découvris par terre, un vieil hebdomadaire… À moins que ce ne fût un journal quotidien ? Il n'y avait qu'une page, déchirée et sans date. Mais comme il avait plu tous les jours précédents, (cette année, le printemps est pourri, je constate…) Pas de doute possible, l'article était récent. C'est ainsi que je lus : " Dans les rues de Toulouse, Vingt mille chasseurs défilent et braillent leur colère… Veulent chasser toute l'année, les étangs, les vasières, Les oiseaux migrateurs…Ils en veulent pour leur flouze ! " Pourtant dans leurs discours, ils parlent de tradition, Laquelle remonte à peine à la révolution. Car avant, je le sais, on les pendait bien vite Au premier chêne venu, pour un maigre lapin Qui n'aurait pas compris qu'un collet, ça s'évite... À moins qu'il ne fût mort tout simplement de faim ! Je connais un oiseau qu'on nomme tourterelle, Victime, elle aussi, des chasses traditionnelles. Elle connaît, en Afrique, de telles traditions Qui mutilent les filles au nom des religions. Ô, beau chasseur, bien gras et souvent aviné, Ta seule tradition s'appelle cruauté Qui n'a, d'ailleurs, d'égale qu'avec ton ignorance. Du coup, l'écologie aurait ta préférence… Mais celle de la ministre qu'a l'air anesthésiée ! Il te faut un fusil pour te sentir bandant. Ce sont bien les seuls coups que tu puisses tirer… Et même un os pénien te laisserait impuissant ! Le soir, quand tu t'écroules, overdose de vin rouge… Rêves-tu seulement de tuer tout ce qui bouge ? Tu prétends me connaître. Je ne t'ai jamais vu Te promener la nuit, constater de visu, Les dégâts que je cause et me valent ta haine Et ton acharnement à creuser sous le chêne Où j'établis mon trou pour reposer la peine Qu'il me faut déployer pour tuer dans les champs Les souris, les mulots, les pestes qui s'y promènent. Il t'est bien plus facile de me dire méchant, Grand mangeur de gibier, nuisible et justifier Qu'on me tue à tout prix... Les gaz, les fox-terriers. Le pire, ce sont les pinces qui me broient la poitrine. À moins que ce ne soient l'injustice, l'inutile, En un mot, ta connerie, toi, l'espèce divine Qui connaît le blaireau que pour paraître viril Et raser ta bonne femme qui se fait le maillot Dans lequel, elle boudine… puisque vous mangez trop ! Cela dit, je vais taire ma colère… Je me tais ! Vous ne saurez rien d'autre. Je garde mes secrets. Je retourne près des miens, auprès de ma famille. Je passerai au bois pour manger des myrtilles, Deux ou trois champignons, des bulbes de jacinthes, Un géotrupe qui passe, un mulot qui farniente Ou bien au bord du champ, les épis de maïs Sont vraiment délicieux… _____________________Et puis qu'on me haïsse ! J'en ai rien à glander. Je connais des étoiles Qui ne brillent que pour moi. Elles sont dans la rosée Qui monte le matin quand toutes les araignées Capturent des brins de lune dans leurs prisons de toile.
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