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Le bison d'Europe (Bison bonasus)



J'habite une forêt aux confins de Pologne.

C'est l'unique refuge que m'ont laissé les hommes…
Une espèce d'enclos pareil à un pogrom.

Que n'ai-je su migrer comme le font les cigognes ?

Je faillis, de bien peu, vivre le même sort
Que celui qui scella, au Caucase, la mort
D'un de mes miens cousin, maintenant disparu.
Sans les parcs ou les zoos, je serais inconnu.

J'ai repris, forcément, goût à la vie sauvage.
Bien que l'on me nourrisse, quand l'hiver est trop dur,
Les hommes sont exclus de mon monde, c'est plus sûr.
Sauf les gardes qui comptent les arbres de ma cage.

Au matin, dans les brumes, je vous apparaîtrai,
Regagnant, à pas lent, les profonds de mes bois.
Comme en guise d'adieu, je me retournerai
Dans le soleil levant, orange et cramoisi,
Secouerai ma toison de tous les postillons
Que le brouillard dépose et d'une exhalation,
Me nimberai de très fines gouttes de pluie.

Une ultime vision comme souvenir de moi !

Forêt de Bialowieza, Pologne.