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Le bruant fou (Emberiza cia)


J'ai choisi un domaine en tous points remarquables.
Venez, je vous emmène, vous invite à ma table
Qui me donne, sans vergogne, des insectes et des baies
Et des menus variés comme table en Bourgogne.

Juste au-dessus de nous : des roches cyclopéennes
Où se cachent dans des trous quelques fougères naines.
Au-dessous : l'émergence d'une nappe phréatique
Qui assure la naissance de larves de moustiques.

Les aconits napels poussent ici à la pelle
Avec des martagons et des rhododendrons.
Des petites tourbières bordant des marécages
Abritent des drosères et des fleurs d'ossifrages.

Une sente de terre sépare en deux la lande
Où des perdrix se terrent sous les genêts, les brandes.

Pensez donc un instant, dans ces écosystèmes
Au nombre varié de plants et de graines qu'ils sèment ;
Aux insectes tout autant, aux chenilles, aux sauterelles,
Á celles qui ont des ailes et celles qui vont sautant.

Vous ai-je déjà montré, comment donc je m'y prends
Quand les plants sont trop grands, surtout les graminées,
Pour mettre les épis juste assez près du sol…

Je me dépose au vol sur la tige qui plie
Et use de mon poids pour qu'enfin elle ploie.
Alors l'épi en main, je l'épluche de ses grains.

Á l'époque des nids, comme les autres bruants,
Je fais entendre mon chant aux oreilles averties,
Car seul, dans le concert des oiseaux, des grillons,
Des autres orthoptères… une grande d'attention
Permet à l'auditeur de bien le distinguer,
De le différencier du chant de l'accenteur.

Je chante d'un buisson qui pousse dans le ravin
Au-dessous du chemin creusé par les moutons.

Je surveille de loin ceux qui passent dans le ciel,
Mon nid et ma femelle et le fais avec soin.

Comment l'ai-je séduite ? C'était il y a longtemps.
Juste avant le coït, comme les autres bruants !
En dansant devant elle, ouvrant, fermant les ailes
Ou étalant la queue… Tout cela n'est qu'un jeu,
Nécessaire pourtant, pour qu'elle n'ait aucun doute…

Je suis son seul amant pour sa vie ou ma route.
Je lui serai fidèle toute ma vie durant,
Sauf si malheureusement le faucon ou bien l'aigle
De Bonelli qui passe, me tue et me trépasse…
Mais ce serait dommage, de mourir avant l'âge.

L'ortolan a raison de se mettre en colère,
De déclarer la guerre à cette tradition
Culinaire, soi-disant, qui autorise certains
Quand ils ont les moyens ou qu'ils sont présidents
Á nous cuire, nous bouffer, comme s'ils ne savaient pas
Que nous sommes protégés par les textes et les lois.

Mais si on les jugeait pour ces crimes et délits,
Ils iraient prétexter un instant de folie
Ou bien qu'on les harcèle, qu'il y a vice de forme,
Qu'il est temps qu'on réforme de la justice, le zèle.

Trimouns, Ariège.