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La bernache à cou roux (Branta ruficollis)



Vous dire que je m'ennuie, toute seule, sur ce limni
Vistonida, je crois ? attendant que les froids
Me ramènent les oies de même espèce que moi,
Sauf celles qui parfois s'arrêtent à Odessa...
C'est peu dire, je vous jure !

Mais, c'est encore l'été. Une grave blessure
M'empêche de voler. J'ai eu l'aile cassée
Ou le poignet brisé. Ça m'empêche, tout là-haut,
De survoler ces eaux.

Vous dire les dangers que j'ai dû affronter…
Et la dent des renards, et les corbeaux pillards,
Et l'aigle piscivore, et des bien pires encore…
Et si j'ai survécu, c'est que je me suis plu
Au milieu des spatules qui avancent et reculent,
D'un pas de sirtaki…

Il faut dire qu'elles sont grecques !
Elles fendent l'eau du bec et avalent d'un coup
Daphnies et diatomées, qui pullulent partout
Et surtout cette année.

J'espère être guérie avant l'année prochaine,
Pour le voyage retour, revoir ma Sibérie
Qui m'a donné le jour… À moins qu'on m'y ramène ?

Lac Vistonida, Thrace, Grèce.