La belette : Mustela nivalis
®
La belette (Mustela nivalis)



J'ai élu domicile juste au pied de ce chêne
Qui trône dans ce pré depuis bientôt mille ans,
Me protège de la pluie, du vent qui se déchaîne
Et laisse à chaque automne, tomber des pluies de glands.

J'ai élu domicile juste au pied de ce chêne
D'où je rends la justice qui condamne à la mort,
Les gourmands campagnols qui s'emplissent la bedaine
De fleurs à peine écloses, donc privées de leur sort
Ou les mulots des haies qui rongent les noisettes
D'où ne pourront jamais germer des coudriers ;
Les lérots qui s'endorment juste au pied des pommiers
Quand ils sont enivrés de pommes de reinette ;
Les taupes souterraines qui privent les lombrics,
En ravageant les champs, de matière organique ;
Les souris, les insectes et même les grenouilles
Qui vagabondent, volent, pullulent et même grouillent.

Le travail de bourreau n'est pas une sinécure.
Je suis si fatiguée qu'il me faudrait une cure,
Non point, un presbytère, même si j'ai une mission,
Mais une cure de sommeil, comme chez les hérissons.

Il faut que je m'esquinte, et la nuit, et le jour,
Qu'il fasse beau ou qu'il pleuve, et encore et toujours,
Pour satisfaire au mieux mon solide appétit
Et celui, gargantuesque, de mes nombreux petits.

Six fois trois font dix-huit, si je sais bien compter.

Quand les proies sont nombreuses, je ferai trois portées
De six petits chacune et serai vite grand-père,
Si j'échappe aux hiboux, qui, la nuit, me repèrent,
Aux ennemis qui me guettent, qui font un mauvais choix,
Aux renards ou aux chats d'apparence bien affables,
Mais trop influencés par le livre des fables
Qui traîne chez le lièvre que je saigne parfois.

Ferme de la Vaucelles, Pré neuf, Villaines la Juhel, 1955.