La pie bavarde : Pica pica
®
La pie bavarde (Pica pica)


On croit bien me connaître parce qu'on me reconnaît.

Mon costume et ma voix n'ont aucun de pareils
Dans le monde des oiseaux, à moins que de la treille
Vous auriez abusé et vous me confondiez
Avec une vache bretonne ou une Prime Holstein,
Á une veuve qui promène sa coiffe bigoudène.

On dit, n'écoutez pas, que je serai bavarde…
Je parle posément, bien sûr à bon escient
Pour signaler les chats qui rôdent félinement
Ou bien les sangliers qui se déplacent en harde.

Mais, que sait-on de moi, de mes comportements ?
Que sait-on finalement ? Car la plupart du temps,
On me voit… c'est une pie ! Le reste est calomnie,
Invention ou mensonge…

__________________Mon nid, on le connaît.

Rappelez-vous celui, sur cette île de Norvège
Que vous aviez trouvé et tant il était gros,
Plus que volumineux, qu'un troupeau de taureaux,
Une noce, son cortège, un camp de réfugiés
Auraient tenu à l'aise, sans qu'il se désagrège.

Sur ces îles du froid, les arbres ne poussent pas
Ou bien ils restent nains ou ils n'existent pas.
Je l'avais installé sur un poteau de bois
Que l'on avait planté tout exprès et pour moi.

Chaque année, je n'ajoute qu'une branche à l'ouvrage.
Vous pouvez les compter pour connaître son âge.

Vous aurez remarqué que nous sommes identiques.
Pour repérer nos sexes, c'est comme pour les lombrics,
Faut être japonais et comme eux, méthodiques
Quand ils sexent les poussins qui l'ont microscopique.

Comment nous nous marions ?

__________________Cela reste un mystère,
Une grave question… Hé, on demande au père
Juste la permission. Et pour sceller l'union,
Souvent on offre une pierre qui brille comme le jonc.

C'est là uniquement la raison pour laquelle
Nous sommes attirées par les objets brillants.
Nous ne sommes pas voleuses.
__________________Comme nous sommes fidèles,
Nous n'offrons nos présents qu'une seule fois par an.
Mais, qui donc nous croira ?

__________________Pour clore mon chapitre,
Vous allez deviner pourquoi les opéras
M'agacent profondément et ce, à plus d'un titre.

Je voulus écouter l'œuvre de Rossini
Qui parle d'une de nos sœurs. Comme j'avais les atours,
Je fus vite au guichet… trente et un, en habit…
Pour avoir mon billet, j'attendis donc mon tour,
Mais on me refoula !

__________________Sans y faire attention,
J'avais juste oublié un beau nœud papillon.
J'avais dû le manger comme dessert au dîner
Quand je cercle, explorant les gazons et les prés
Ou bien pour mon quatre-heures.

C'est un de mes défauts, je suis irrationnelle.

Archimède, d'ailleurs, m'accordait une valeur.
Il prouva que mon bec est bien proportionnel
Á ma queue bien poussée et ce, dans un facteur
Qui vaut précisément trois quatorze cent seize.

Voilà pour vous, je crois, un beau sujet de thèse.

Même sur Andøya, Norvège.