La barge à queue noire : Limosa limosa
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La barge à queue noire (Limosa limosa)


Un socle de craie tassée épouse l'ondulement
D'une dune de sable couverte d'herbes folles.
Au-delà d'un marais, chantent des rousserolles,
S'élèvent des maisons chaulées de crépi blanc.

En haut du toit de chaume, repose sur une fourche,
Une barque de bois, toute enduite de coaltar,
Son étrave est oblique en forme de drakkar.
Un géant blond s'avance, la pipe dans la bouche.

Il vous parle en Danois. N'y entravez que pouic.
En Anglais, c'est même pire, mais il est sympathique.
Vous invite à le suivre. Vous parle des wåzø,
Des mers de par le monde et du port de Bordeaux.

Il me montre du doigt. Il m'appelle limose.
Vous emmène à mon nid. C'est à peine si j'ose
Arrêter de couver. Mais vous êtes si près,
Que vous pourriez me prendre. Je préfère m'envoler.

Je suis très agacée et je le fais savoir.
Je pousse des cris plaintifs, comme ceux des vanneaux.
Mais vous vous éloignez et allez vous asseoir
Cachés par des fascines en paille de roseaux.

Je reviens vite à pied pour réchauffer mes œufs.
Je cours, tête baissée, sans aucune précaution.
Je m'installe rassurée, pour bien prendre soin d'eux.
Mon mari en profite pour ses exhibitions.

Il tourne dans le ciel à coups d'ailes rageurs,
Vole d'un côté, de l'autre, pousse son cri flûté,
Puis, vite fatigué, il va se reposer.
Il recommencera dans le prochain quart heure.

Mais votre grand viking vous entraîne vers ailleurs,
Pour voir des gravelots et des courlis cendrés,
Des jeunes en duvet de hibou des marais
Et boire un coup de schnaps qui, dans l'instant, vous beurre.

Quelque part du côté de Hirtshals, Jutland, Danemark.