L'avocette élégante : Recurvirostra avosetta
®
L'avocette élégante (Recurvirostra avosetta)


Ce qui gêne quand je baise, c'est la longueur des pattes.

Pour s'envoyer en l'air, faut être équilibriste,
Ouvrir en grand les ailes, faire ça à l'improviste...

Vous n'auriez pas sur vous...
___________________Ce livre... Karma sourate ?
__ Kâma-Sûtra ! __
___________________D'accord ! Je ne suis pas versée,
Comme l'est le marabout, dans les livres sacrés.

On y arrive, bien sûr, puisqu'on a des enfants
Qui sortent de nos œufs quand ils arrivent à naître.
Mais le plaisir... Enfin ! On aimerait le connaître.
Nos petits coups vite faits, à la fin, c'est frustrant.

C'est, d'ailleurs, la raison pour laquelle, aussitôt,
Á peine débouriffées, nous nous donnons l'assaut.

Ce n'est qu'un simulacre. Mais c'est pour la tension
Qui, si elle reste vive, se meut en agression.
Ce qui serait dommage. Car quand l'acte sexuel
Ne suffit pas tout seul à toutes les consommer…
Les hormones chatouillent. Vite, s'installerait
Une douleur diffuse, un peu comme les gravelles.

Pour éviter cela, ma compagne et moi-même,
Nous courons côte à côte, avec la tête baissée,
Á petits coups de bec, recourbés comme épée,
Nous croiserons le fer. Il nous arrive même
Avec les autres couples de pratiquer ces joutes,
Esquivant nos coups d'ailes, évitant les knock-out.

Pour bâtir notre nid qu'on installe par terre,
Avec soin, on en marque d'abord l'emplacement
Avec des galets ronds, avec des coquillages,
Qu'on aura ramassé quelque part sur la plage.
Puis, avec la poitrine, on y creuse en tournant,
Une dépression qui fera un nid sommaire.

J'ai installé le mien au milieu du chemin
Qui sépare les vases où pousse la salicorne
Et les dunes de sable où vivent des malitornes…
Ce sont les gravelots avec tous leurs gamins
Qui piaillent pour un oui, pour un rien ou un son.
Ils foutent la panique tout partout où ils vont.

J'ai pondu trois œufs, mais je n'aurai qu'un petit.
Les deux autres sont morts, je ne sais pas comment…
De froid ou bien d'ennui, à moins qu'un goéland
Ait réussi à jouer toute la colonie,
Sa grande vigilance à l'égard des visites
Qui, à d'autres que vous, sont vraiment interdites.

Car, sitôt qu'un intrus ose se présenter,
Toutes, comme un seul homme...
___________________Pardonnez l'expression,
Nous nous envolerons, dans les airs, tournoierons
Et crierons tant et plus, espérant l'effrayer.
Ou nous nous poserons, grièvement blessées,
Simulant l'agonie, espérant le duper.

Vous l'aurez remarqué, il nous faut du salé,
Pour nicher tout au bord, mais aussi pour manger.

Notre bec est un filtre en tout point adapté
Pour cueillir le plancton et les animalcules
Qui vivent dans les eaux, avec leurs propagules,
Les larves de méduses, le naissain nouveau-né...

Nous marchons lentement et à pas mesurés.
Nous balançons le corps, ce qui a pour effet
De balancer la tête du côté opposé.
Si nous prenons le soin de le faire dans de l'eau
Et d'y plonger le bec, tenu horizontal,
Légèrement entrouvert dans la boue soulevée...
Alors de gauche à droite et versa, c'est fatal,
Les bestioles sont piégées, dégluties aussitôt.

Sur l'anse de Séné, j'irai passer l'hiver
En troupe conséquente, puisque je suis grégaire.

Dans mon habit de plume, j'ai l'air d'une madone.
Mon nom, en Italie, rime avec protection.
J'aimerai, qu'à la chasse, même par inattention,
L'on ne me tire pas.
___________________Il y aurait maldonne.

Baie des Veys, entre Cotentin et Calvados.