L'autour des palombes : Accipiter gentilis
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L'autour des palombes (Accipiter gentilis)


Je lisais, l'autre jour, un livre consacré
Á la vie et aux mœurs des rapaces diurnes…

J'ouvre une parenthèse, mais j'aurais mieux aimé
Que l'on parlât de moi comme on fait de Saturne
Qui a bien plus d'éclats quand arrive le soir,
Quand on entend le jour faire grincer son sommier
Ou au petit matin, quand il pose les pieds
Sur la rosée qui mouille l'herbe comme l'arrosoir.

J'aime les crépuscules et l'ombre des futaies
Où je me glisse sans bruit, sans effort apparent.
Je surprends quelque geai ou pigeon imprudent,
Le poignarde d'une serre, le fait mourir vite fait.
Je n'aime pas que souffrent bien inutilement,
Les bêtes que les Dieux m'offrent pour mes repas.
Et d'ailleurs, c'est pour eux, comme un remerciement
Que je chante très fort aussitôt leur trépas.

Le reste, vous le savez pour m'avoir observé.
Je m'envole tout droit et file sans détour,
Vers ma table, quelque part. J'en change tous les jours.
J'y apporte mon butin pour qu'il soit préparé
Par ma douce compagne…
______________________- Qui m'est tierce plus forte…-
À l'attention des jeunes pour qu'ils se réconfortent.

Ce que je voudrais dire, car ne le comprends pas,
C'est pourquoi des savants… (il faut l'être pour écrire
Des livres très complets) continuent de médire
Encore à mon sujet et ne contrôlent pas
Les idées toutes faites.
______________________Si elles ont la vie dure,
Il faut les démentir.
______________________Est-ce une sinécure
De lire, par exemple, que nous sommes cruels ?
Tout cela parce que notre mine est sévère !
Je ne vois pas en quoi nos arcades sourcilières
Aurait une influence sur notre caractère.

Poseriez-vous cette question à La Bruyère :
Est-ce aussi au maçon qu'on juge la truelle ?

Ce serait imbécile ! Une autre chose encore
Et qui est bien plus grave… J'aimerais bien, ma foi,
Qu'on ne se fonde plus sur mes dons de chasseur,
Sinon des fauconniers m'attrapent pour mon malheur,
Me gardent prisonnier, me contraignent par le cor
À fondre sur des proies bien plus grosses que moi.

Sachez ! Mon quotidien est vraiment bien modeste.
Pourquoi voudriez-vous que je m'attaque au lièvre
Ou au grand tétras que je ne puis emporter ?
Un surmulot déjà pèse trop lourd pour moi.

Je me trouve navrant quand pour calmer la fièvre
De mon esclavageur, j'assume sa cruauté
Sans même me révolter… J'obéis, me tiens coi.
Voyez-vous, franchement, je me hais, me déteste.

Alors, dites-le, vous, de grâce, s'il vous plaît.
Dites ce que je mange, c'est à faire pitié !
Quelques jeunes oiseaux, des souris, des misères.
Quand je prends un lapin, il tète encore sa mère !

De la forêt de Pail à la forêt de Floranges en passant par la taïga suédoise.