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Mon îlot dénudé est vraiment minuscule. Les lapiaz sont coupants, affûtés par la pluie, Ils aveuglent la rétine de soleil réfléchi Et rendent intolérable la lourde canicule. La mer Adriatique, complètement figée, Ne se creuse d'aucune ride, car le vent est tombé. Même auprès des rochers, les vagues sont absentes. Les golfes s'éclaircissent et les reflets s'argentent. Pourtant la barque dont l'ancre vient de mouiller De laquelle vous voulez nous voir, nous observer, Roule dans tous les sens. Moi, j'aurais mal au cœur. J'aime mieux quand les vagues ont pris de la hauteur. L'essentiel de ma vie, je le passe loin des côtes, Sauf le temps de nicher. Mais à la Pentecôte, Je suis déjà au large, près des bateaux de pêche Qui traquent les poissons ou bien les bancs de seiches. C'est encore là, je crois, qu'on peut me voir le mieux. Mais pour combien de temps ? Lorsque vous serez vieux, Je serai bien rangé au musée des fossiles. On ne me verra plus revenir sur ces îles. Mais si j'ai disparu, c'est que ma mer est morte. Elle est à l'agonie. Les méduses y abondent, Meurent les posidonies. Mais pourtant le beau monde S'y presse pour qu'on l'y voie et c'est ça qui importe ! Le reste n'est que parlote, discours d'écologie. Les bombes ne tombent pas. Pourquoi gagner l'abri ? Après eux le déluge. La mer est foutue, las ! Ils ont assez de fric pour fuir aux Bahamas. Pendant tout ce temps-là, les hommes politiques Ambitionnent surtout de bétonner les côtes. Il s'avère, au final, qu'ils ont construit des chiottes Et enrichi la mer d'étrons et de typhiques. En Corse, des parents me parlaient de paillotes Ou d'exceptions aux règles de la loi littoral, D'amnistie pour les crimes et de discours litote. Comme un préfet gênant, ils moururent dans un râle.
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