Le chevalier arlequin : Tringa erythropus
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Le chevalier arlequin (Tringa erythropus)


Des bouleaux souffreteux se disputent le sol
Aux cornouillers de Suède qui cachent les galets
Sur lesquels, sans arrêt, vous vous tordez les pieds.

D'au pied d'une racine, tout à coup, je m'envole.

Je me perche plus loin, en équilibre instable,
Sur mes deux pattes rouges, tout en haut d'un sapin.
Ma livrée gris ardoise, à nulle comparable,
Vous indique de suite que je suis arlequin.

Je crie tant que je peux, car vous êtes assis,
Sur le chablis couché sous lequel est mon nid.
Vous ne l'avez pas vu et moi, comme un tocard,
Je vous vole au-dessus. Me trouvez-vous bizarre ?

J'ai dû vous faire très peur car vous disparaissez.
Je ne vous vois plus, mais vous m'avez abusé,
Car vous êtes caché et bien assez patient
Pour attendre que je revinsse doucement
Me poser sur mes œufs, les arranger sous moi,
Me lisser quelques plumes dérangées sur le flanc.
Et fermer mes deux yeux, bordés de cercles blancs,
Mon bec sur le dos comme une flèche au carquois.

Je rêve de l'Espagne où, quand j'étais enfant,
Je passai tout l'été, attendant d'être grand,
De revêtir, enfin, mon costume nuptial
Et de connaître mieux, les contrées boréales.

Est-ce vous que je vis, quand avec des talèves,
Je picorai les eaux d'une lagune andalouse,
De l'eau jusqu'aux aisselles, déjà loin de la grève,
Et aussi du courroux, des échasses jalouses ?

Je vous entends partir, sans bruit, discrètement.
Vous regrettez peut-être de ne pas voir mes œufs.
Les oiseaux n'aiment pas trop les dérangements.
Abandonner mon nid m'aurait rendu furieux.

Muddus, Norbotten, Suède.