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Pour de vrai, je l'avoue, j'aime le Morbihan Davantage au grand sud où soufflent tous ces vents, Qui se nomment Tramontane, Mistral ou bien Autan. Ils me filent l'onglée. Il me faudrait des gants ! J'aime votre jardin où poussent des criquets En travers des chiendents comme si on les semait, Toute une collection d'espèces d'orthoptères, Des mantes, des sauterelles et des éphippigers. J'ai l'embarras du choix. _____________J'attends sur mon hamac Qu'ils s'engluent dans mes fils. _____________Un seul de ces insectes, Une fois par semaine, contente mon estomac… Tout le reste du temps, j'occupe mon intellect. J'aime la mécanique, la trigonométrie. Il le faut, quand la nuit, je répare ma toile. Si je le fais la nuit, c'est que l'hygrométrie M'offre une intensité, je dirais, optimale, Pour assurer aux fils la tension qui convient, Ni trop peu et trop lâches, trop tendus qu'ils ne cassent, Juste bien pour qu'ils puissent arrêter votre chien… Je ne le prends jamais. C'est ça qui me tracasse ! À la fin de l'été, vous pourrez voir mon mâle Agitant patiemment ma toile selon un code Qui le distingue des proies que je tue et j'enrobe Dans un fourreau de soie… _____________Mais c'est lui qui m'emballe Avec ses phéromones qui me laissent toute chose. J'accepte son étreinte et que son pédipalpe Ensemence mes œufs. _____________Nos mâles virtuosent… Et se cassent aussi sec autrement je les scalpe ! J'enfermerai mes œufs dans la soie d'un cocon Duquel sortiront deux centaines de bébés Dont seuls quelques-uns, à la mort, survivront Assurant à l'espèce, assez d'éternité.
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