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Jusqu'à des temps récents, je n'existais sur terre Que dans quelques musées et en trois exemplaires. On m'avait retrouvé sur des dalles calcaires Sur lesquelles j'étais mort à l'ère secondaire. Je vivais sur les arbres. À cette époque-là, On les nommait Cycas ou Ginkgo biloba… Il y avait aussi de grands Glossopteris Et des fougères à graines, des Alepthopteris. Je grimpais sur les branches et franchissais l'espace Qui sépare les arbres, seulement en planant… Pas vraiment en volant, car pour que je le fasse, Me fallait un bréchet, mais il était absent ! J'avais la taille d'une très grosse tourterelle, Les clavicules soudées, des os pneumatisés, Des plumes, des doigts de pieds comme les oiseaux actuels, Une queue au squelette fortement allongé, Pas loin de vingt vertèbres… Et quand j'étais content, J'aurais pu la remuer, comme l'aurait fait le chien… Personne n'était là, ni Lucie, ni Adam Pour me faire les caresses qui m'auraient fait du bien. J'avais des dents pointues tout autour des mâchoires, Des griffes au bout des doigts, libres au bout des ailes. Des reptiles aux oiseaux, je fais le parallèle Ou le chaînon manquant… C'est à vous de savoir. Je fus le témoin de la fin des dinosaures. Et pour ne pas connaître leur trop funeste sort, Je fis en sorte que l'on me crût disparu Jusqu'à ce rendez-vous où vous êtes venu Dans ce bois oublié où vous alliez, enfant, Sans même quitter la maison de vos parents, Penché sur vos bouquins, quand l'imagination Mettait tous vos neurones en polarisation. Il était temps d'ailleurs, car le moment approche Où le choix pour les bêtes sera d'être invisible Ou finir comme moi, fossile entre deux roches. Leur vie sur la planète devient très difficile. Vous devriez, je crois, vous-même, le vérifier : Observez la nature, allez sur le terrain ; Écoutez ce que voudront vous dire les bêtes ; Faites preuve de patience et soyez obstiné ; Comptez sur votre chance ou bien priez Merlin… Acceptez pour cela de vivre anachorète.
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