L'alcyon pie : Ceryle rudis
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L'alcyon pie (Ceryle rudis)


Des troncs fantomatiques émergent des eaux basses.
Le silence absolu est à peine troublé
Par des ailes qui bruissent comme du papier froissé.
Ce sont des libellules qui s'en vont à la chasse.

Des petits papillons colorent d'orange et bleu,
La vase encore humide du bord de cet étang.
Ils ont tous déployé leur trompe et sous bien peu,
Ils auront tout sucé, toute l'eau du liman,
Dégagé un peu plus les troncs morts et les branches
Qui se tordent vers le ciel, comme ultime supplique,
Car la mort qui les frappe en milieu asphyxique,
Les condamne à l'ennui comme si c'était dimanche.

Par bonheur, nous sommes là, qui venons nous poser,
Arrivés de nulle part et repartant ailleurs,
Vous laissant impatient pendant de longues heures
Avant de reparaître, histoire de nous montrer.

Nous survolons d'en haut des poissons qui pataugent
Dans l'eau molle et boueuse, qui découvre leur dos.
Ils sont des proies faciles dans les colloïdaux,
Mais plus sales que des porcs qui se vautrent dans l'auge.

L'un de nous soudain crie et nous repartons tous,
D'un vol lent, incertain, et nos cris accompagnent
Nos silhouettes singulières qui se perdent et rejoignent
D'autres lieux moins lugubres où la lumière est douce,
Vers le soleil couchant qui noie tout l'horizon
Et fournit aux nuages, un pyjama violet.

C'est bientôt l'heure d'aller tous vite nous coucher…
Sauf les bêtes nocturnes qui ont de bonnes raisons.

Entre Lydie et Ionie, Anatolie, Turquie.