L'aigle ibérique : Aquila adalberti
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L'aigle ibérique (Aquila adalberti)


Le maquis que j'habite a l'air impénétrable.
Il vous faudra rester sur le bord de la piste,
Car les salsepareilles, les buissons de lentisques
Auront tôt fait de vous griffer la peau du râble.

Deux mangoustes ichneumons s'arrêtent un instant
Sur le bord de la berme, se dressent verticales,
Soudain se cachent dans le fouillis végétal
D'où cacabent des perdrix aussi rouges que le sang.

Mais vous êtes obstiné et dans le labyrinthe,
Vous vous aventurez et suivez les empreintes
D'une troupe de cochons qui se croient à l'abri
Dans leurs bauges humides. Ce sont des jabalí.

Ce nom vient des Arabes qui avaient remarqué
Qu'aloufs ou sangliers vivaient dans les djebels.
Toute leur compagnie et sans un décibel,
Fuira, quand tout à coup, en son sein, paraîtrez.

C'est à ce moment-là que je me montrerai.
Je vole au ras des arbres et je vais me poser
Sur la branche la plus basse d'un grand pin parasol
Dont les racines courent à la surface du sol.

Je m'ébroue, je me gonfle, je double de volume.
De la pointe du bec, je me gratte le ventre.
Je m'étire d'une aile. Je me lisse les plumes.
D'un oeil, je cherche une proie afin que je l'éventre.

De l'autre, je vous vois, donc je fuis en plongeant
De ma branche perchoir, définitivement.
En deux coups de battoirs, je m'envole, oubliant
De vous demander si vous êtes menaçant.

Serradilla, Extremadura, provincia de Cáceres.