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Des luzules poilues recouvrent les humus. Le brocard étourdi regarde ses sabots. Les chênes ont des frissons depuis qu'il fait moins chaud, Depuis que le soleil s'éclipse pour Vénus. C'est une heure que j'aime. C'est l'heure des campagnols Qui sortent leur museau, écoutent le rossignol Dont les notes flûtées aident à délimiter Le territoire qu'il a au sein des prunelliers. C'est l'heure où le pigeon qui rentre se coucher, Raconte en roucoulant ce que fut sa journée. Les merles se poursuivent, s'arrêtent tout à coup Et cessent de crier comme s'ils voyaient le loup. Ils se cachent au profond des buissons épineux. Ils alertent à l'envi et même à qui mieux-mieux, Car je viens me poser juste au bas du cimier D'un arbre centenaire à l'écorce fendillée. Comme il porte des glands, ce devrait être un chêne. Ce que j'aime dans cet arbre, ce sont ses branches basses, Je devrais préciser : celles qui sont les plus basses, Car elles sont en hauteur. Pour moi c'est une aubaine. Je m'y pose et je guette l'espace découvert Où peut-être un lapin ou bien un lézard vert Passera sûrement sans regarder en l'air D'où je fonds et l'éventre de l'une ou mes deux serres. Alors quand je l'ai tuée, quand ma proie est saignée, Qu'avec des coups de bec, je l'ai bien écorchée, Je chante ma chanson qui, à bien des égards, Rappelle aussi un peu celle du pluvier guignard. J'aime à me déplacer comme le fait l'autour À travers les futaies. Voyez mon vol puissant. Mais vite, je disparais en planant longuement. Je serais invisible pendant deux ou trois jours. Puis vous me reverrez perché sur un poteau, Le plus grand, un pylône, de couleur métallique Ou bien encore planer dans le ciel assez haut Pour montrer les dessous de ma belle tunique. Vous pouvez, dès alors, surtout en phase blanche, M'identifier sans peine et sans ambiguïté. Souvent en phase sombre, c'est bien plus compliqué. Je ressemble à la buse plus qu'à une belle oie blanche. Vous m'avez vu marcher quelquefois sur la terre, En levant haut les pattes, comme les percnoptères Ou bien en sautillant à la manière des pies Et prendre des insectes pour nourrir mes petits. Jamais vous ne verrez où j'ai caché mon nid. Il faut bien qu'il vous reste jusqu'à votre agonie Quelques motifs encore d'aller traîner dehors, En Bretagne, dans les Alpes, du côté de Cahors. Je crois, je n'habite plus votre Mayenne natale. Pourtant je me plaisais dans la forêt de Pail Où vous veniez me voir quand l'heure sonne midi, Quand l'air chaud m'emportait plus loin que l'infini. Ma protection voudrait que tous mes effectifs Puissent enfin augmenter. C'en serait l'objectif, Mais, comment empêcher ma mort prématurée Quand un chasseur stupide voudra m'assassiner ? Comme ça m'arrive souvent, encore dans le Sud-Ouest, Au nom des traditions, un peu comme au Far West, Où l'on tire d'abord, sans poser de question, Assuré, chaque fois, d'échapper aux sanctions.
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