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Je jubile et j'exulte, j'suis heureux comme un fou ! Figurez-vous qu'hier; en lisant les journaux, Avec le Jean-le-blanc qui, comme vous le savez, A, ce n'est pas nouveau, la tête près du bonnet, Lu, qu'un certain préfet, fermé comme un étau, Pour un feu de paillote, était sous les verrous. Ça fait bien longtemps que je ne vis plus en Corse Pour avoir des idées sur cette affaire d'entorses Aux règles en vigueur dans un état de droit Ou sur la connerie de pandores maladroits. Et puis, je dirais bien : que les Corses se débrouillent Avec leurs vaches fictives, leurs affaires d'embrouilles, Ou les dérogations à la loi "littoral" ! Car si on leur refuse, alors toute l'île râle. Leur langue est bien pendue au point qu'elle les étouffe Quand il faut dénoncer la terreur des mafias Ou bien un incendiaire… Alors tous s'épouffent ! La seule loi qu'ils connaissent, c'est celle de l'omerta. Depuis l'âge de pierre, on peut dire de cette île Que les gens qui l'habitent ont la gâchette facile. Ils ont tué tous les miens, aussi le gypaète, L'érismature blanche et aussi une bête Qui marche à quatre pattes, que vous nommez mouflon Et qui ne s'effraie guère quand nous la survolons. Depuis, vous le savez, ceux-là sont revenus, Dans nos Pyrénées d'où ils avaient disparu. Qu'un quelconque préfet puisse porter le chapeau, Je m'en fouts comme de mon tout premier perdreau ! Mais celui dont je parle, nous a fait des histoires. J'ai, par rapport à lui, un devoir de mémoire. Je vis sur ces sommets où la pierre de talc Est extraite - là - voyez : dans d'immenses carrières, Qui mangent ma montagne et sont mon catafalque ! Cette heure où je vous vois peut être la dernière… Un dimanche d'été, je crois, il faisait beau, Des gens de votre espèce, agitant des drapeaux, Manifestèrent pour moi, un instant, leur colère, Car ils voulaient encore me voir dans l'atmosphère. Ils ne voulaient plus que grandissent les carrières. Alors, ce préfet-là, trop soucieux de la sienne, Libéra contre vous ses gardes républicaines Qui eurent une consigne : à tout prix, vous faire taire ! Leur charge fut sauvage, pleine de fureur aryenne. Sous les coups redoublés, les gaz lacrymogènes, Tous les manifestants furent dispersés sans peine... Vous évitâtes de peu les frappes aériennes ! Heureusement pour moi, il me reste l'Espagne. Car même isolé comme le sexe sous un pagne, J'ai encore des espaces sauvages à survoler ; Deux ou trois raisons de ne pas désespérer. Même si je sais qu'un jour, il faudra me compter Au rang de ces espèces qui sont fossilisées. Peut-être que je me goure. Que je suis plus nombreux Que je ne crois, au monde... Car je suis ombrageux ! J'évite mes semblables, mon territoire est vaste Et m'observer, souvent, relève de l'exploit, Sauf à savoir mon aire où bien sûr, on me voit. Ma table est souvent vide. Je ne sais rien des fastes Que connaissent les rapaces bien mieux lotis que moi. Les maquis, les montagnes, qui me servent d'abri, N'offrent qu'un pauvre rôt de lapins, de perdrix Et encore, pas toujours et il me faut parfois Calmer mon appétit d'un lézard ocellé, D'une corneille imprudente ou bien d'un chat pelé. Je trouverais dommage qu'on ne puisse observer, Comme vous le fîtes un jour, sur mes monts Pyrénées, Nos chasses en duo quand je suis ma compagne, Nos joutes aériennes sous les cieux encombrés Quand l'orage s'annonce, que vous serez grondé Par des éclairs soudains qui frappent ma montagne.
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