L'agrobate roux : Cercotrichas galactotes
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L'agrobate roux (Cercotrichas galactotes)


J'aime bien ce vallon tout peuplé de lycoses
Qui dorment en ce moment derrière des opercules
Dans des trous dans le sable et dont les mandibules,
Qu'elles mordent un insecte imprudent, l'ankylosent.

Un lézard ocellé à l'ombre d'une pierre
A saisi un serpent, maintenant le digère.

Deux pins en parasol pinaillent pour les gouttes
D'eau d'une mare qui sèche et finira sans doute
Aussi ridée qu'une vieille à la peau craquelée
Que le soleil brûlant aura tout desséchée.

Le matin, de bonne heure, les gangas viennent y boire
Et se tremper les plumes pour apporter à boire
Á leurs petits qui dorment ou patientent encore
Que leurs plumes aient poussé, puissent enlever leurs corps
Pour traverser le ciel vers un but incertain.

Regardez-les, d'un coup, ils se posent soudain !

J'ai bien caché mon nid au milieu des raquettes
Des figuiers serrés comme une armée de barbares
Qu'on aurait pétrifiée pendant la reconquête
Dans leurs armures d'épines pointues comme braquemart.

J'aime à chanter en vue et j'aime à me montrer.
Je suis même curieux de savoir la raison
Qui vous pousse en ces lieux où seule la déraison
Entraîne le passant par cette chaude journée.

Á peine si les insectes qui, d'habitude, grillonnent,
Osent se calciner les tarses sur ces cendres.
Qu'une goutte s'y pose, aussitôt elle bouillonne.
Même les oiseaux du ciel n'osent plus y descendre.

L'aigle blanc circaète et restera gros jean,
Car même les lézards et les petits serpents
Ne se risqueront pas dans leurs habits d'écaille
Á chasser quelque proie, invisible, où qu'ils aillent !

De l'oxyde de fer, j'en ai pris la couleur ;
Du pipit des arbres, le vol en parachute ;
Le vol papillonnant des verdiers, des cinis ;
Le tic des traquets ; la traque des fauvettes ;
Comme la pie-grièche, je prends à la sauvette
Des criquets colorés.

Vous n'avez pas fini encore de me classer.

J'aimerais qu'on discute aussi de cette question :

__ Suis-je oiseau ou bien fleur ?

Ronda, Andalousie.