Le moustique des tourbières : Ædes punctor
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Le moustique des tourbières (Ædes punctor)



Beaucoup de gens s'étonnent aussitôt qu'ils apprennent
Que je vis par milliards jusque dans les toundras
Au point que l'homme ne peut y vivre en maints endroits,
Pas davantage, d'ailleurs, que ses troupeaux de rennes.

J'aime les tourbières et toutes les eaux acides
Dont je suis, c'est certain, la première production
De matière organique et d'aminoacides,
Sans lesquels, de la vie, il n'en serait question.

Je nourris les oiseaux, les feuilles des droséras.
Mes dépouilles nourriront l'humus des toundras.
Les Samis ont raison de me dire leur ami.
L'un d'eux vous l'avait dit du côté d'Inari…
Vous donnant un remède et du Djungle odja,
Ou bien vous seriez mort à voir la barge rousse…

Sans doute, si je vous pique, ne le fais-je qu'une fois.
Mais je viens par millions et vous avez la frousse !

Les rayons infrarouges m'attiraient fortement.
La bouilloire du café était un piège mortel.
Je venais m'y brûler, rejoignais l'éternel.
Au matin, sur le gaz, j'étais bien plus de cent.

Je n'aimais pas non plus les sortes de tapettes
Dont s'armaient vos enfants qui me faisaient la guerre.
Ils découpaient l'alu des boîtes vides de bière,
L'aplatissaient un peu pour en faire une raquette.

Car la meilleure défense, c'est bien souvent l'attaque.

Maintenant bien armés, mieux que des chevaliers,
Ils me tuaient par milliers. Chaque fois, je fais tac,
Quand le coup bien placé me faisait exploser.

Sur la rabane tendue, mes cadavres s'étalaient.
Vos enfants les mettaient dans des boites d'allumettes.
Ils m'auraient ramené, mais tellement, je puais
En me décomposant, qu'il fallut qu'ils nous jettent.

Inari, Pajala et ailleurs en Laponie.