|
Il s'en fallut de peu que je ne sois élu Roi de tous les oiseaux, je n'ai pas eu de cul… Á ce que l'on m'a dit, pour un plumage terne ! Mais pourquoi voudrait-on que je me pare de plumes, Comme soies ou lainages dignes d'un Holopherne, Quand ma gloire sur la terre ne serait que posthume En passant bien trop vite de la vie au trépas, Tué par ces Judith en bel habit de chat ? La discrétion me sied. J'en use à bon escient. Á telle enseigne, d'ailleurs, que beaucoup me confondent Aux moineaux plus braillards que le sont les mendiants Qui envahissent tout comme la misère le monde. J'ai un joli bec fin. Je suis insectivore ! Je me régale aussi de quelques araignées. Éclectique, je mange tout ce qui se picore Et se cache au plus fort des plus profonds fourrés. C'est là que je construis une coupe spacieuse, De mousse, de crin, de laine et de menus duvets Où je pondrai des œufs comme pierres précieuses Comme jamais Navajo n'a encore trouvées. Dites-moi un oiseau qui pond des œufs turquoises ? Dites-moi un oiseau quand il tremble d'amour Pour sa belle, et alors d'une danse iroquoise, En conquiert le cœur pour un toujours trop court. Vous dirais-je mon chant parfaitement accentué. Comparez aux mésanges qui juste déblatèrent Deux ou trois notes fades d'une voix enrouée… Á défaut de royaume, nous, les passes-buissonnières Possédons comme Minos un immense labyrinthe Où nous disparaissons, par moment, du jardin… Mais, peut-être, qui sait, sommes-nous à Corinthe ? Ou bien chez nos cousins, sur des sommets alpins !
|