Le chevalier aboyeur : Tringa nebularia
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Le chevalier aboyeur (Tringa nebularia)



Des thés du Labrador, des bouleaux, des bruyères,
Se disputent les hauteurs qui bordent une tourbière.
Une ourse dérangée s'est levée sur ses pattes,
Le temps d'une photo et elle se carapate.

Je profite du moment où vous trouvez ses traces,
Profondes, enfoncées, dans les mousses spongieuses,
Pour voler près de vous, en orbes gracieuses,
Et me poser plus loin sur une plage de caillasses.

Je suis avec mon père, mes deux sœurs et mon frère,
Sans oublier maman. Nous sommes déjà grands,
Faciles à reconnaître. Une courbe légère
Troussincurve nos becs. Une plage de blanc
Couvre en entier nos dos, nos croupions et nos queues.
Mais c'est surtout au vol qu'on peut la voir le mieux.

Nous sommes agités et même un peu farouches.
Nous ne comprenons pas comment de votre bouche
Sortent exactement les mêmes cris qu'on pousse.
On ne connaît non plus d'oiseaux qui fument et toussent.

Vous n'êtes pas oiseau ! Vous êtes mammifère !
De l'espèce des hommes ! Alors vite, on se sauve !
Votre réputation, sur les deux hémisphères,
Vous vaut d'être abhorré comme le pire des fauves.

D'un coup, nous décollons dans un concert flûté.
Nous faisons un grand cercle en formation serrée
Juste au-dessus de l'eau et des herbes du marais.

Nous revenons de suite nous poser en piqué.
Nous picorons la vase, poursuivons un insecte,
Nageons quelques instants et revenons au sec,
Toilettons quelques plumes sous l'aile relevée...

Puis nous nous figeons tous, nous sommes pétrifiés.
L'un de nous court un peu sur la vase qui colle,
Se penche en avant et tourne sur lui-même,
Précipite son cri rauque et puis, d'un coup, décolle.

Nous le suivons alors… C'est normal, car on l'aime.

Muddus, Nordbotten, Suède.